La soutenance de thèse (c’était il y a un an jour pour jour)

C’était exactement il y a un an. Jour pour jour.

Le temps passe vite, mais le souvenir est complexe: entre impression d’être encore au pot de fin de soutenance 🙂 et celle d’avoir soutenu il y a une éternité . Et finalement, après avoir passé la plus grande partie de l’été à profiter de cette période d’euphorie post-soutenance, les choses sont redevenues normales. Retour sur ce moment unique.

Comme je l’avais précisé dans mon billet précédent à propos de mon jury, je m’étais mis un peu de pression supplémentaire en sélectionnant le top du top.

Je suis arrivé l’avant-veille de la soutenance, hébergé chez un ami (qui a été au top!) pour être tranquille et avoir le temps de m’acclimater à la chaleur locale, décalage horaire, régime alimentaire différent, etc. Pas d’excès les jours précédents, mais des apéros quand même (j’étais, techniquement, en vacances!). Entre temps, il fallait préparer le discours de soutenance, une sorte de mélange entre une description du travail, réponse masquée aux rapports et mise en avant de l’aspect humain et intime de l’épreuve. J’ai donc préparé ce discours la veille et un peu l’avant-veille, pas plus tôt. Je voulais que cela reste spontané et naturel, donc pas de préparation des semaines avant… Trois collègues ont assisté à la première lecture et m’ont conseillé sur ce qui était (et n’était pas) audible ou compréhensible dans le phrasé, les idées, la dynamique, etc. Quelques petites adaptations et hop, le tour était joué. Bon, ok, j’avoue… J’ai mis les dernières phrases 15 minutes avant de commencer la soutenance… Je voulais que ce soit spontané et ça l’a été!

Comment se passe la veille et la nuit avant la soutenance? Pour ma part, le stress était de savoir si j’allais ou pas trouver le sommeil. Au programme de la veille donc (hormis cette préparation de discours), quelques petites promenades, apéros et discussions amicales: profitant d’un jour de vacances. Le soir, un restaurant japonais. Pourquoi? Pour éviter les troubles digestifs lendemain matin, le mieux c’est de bouffer du riz!! Un bon moment détente avec mes parents et une poignée d’amis pour une soirée calme et sereine. Le soir, retour à la maison en marchant tranquillement, profitant de la chaleur du début de nuit. Puis, un survol de toute la thèse en lisant seulement et rapidement les titres et titres fondus. C’est tout. Une question sur point?: on s’en fout, c’est trop tard. Couché vers 1h du mat’, levé vers 6h30, histoire d’être bien réveillé. A ma grande surprise, j’ai dormi toute la nuit, d’une traite (même si elle n’était pas très longue, mais c’était justement l’objectif: dormir peu, mais bien)!!

La version de soutenance avec plein de post-it aux passages sujets à discussion

Le matin de la soutenance, petit déjeuner complet en buvant beaucoup au réveil (que ça puisse être évacué avant le début de la soutenance). Et là, j’apprends un fait qui pourrait parfaitement faire mon intro de discours, donc je le modifie… Habillage avec une aide technique salutaire sur le repassage de chemise, puis départ vers la faculté de droit. Un ami vient me chercher en voiture. Il l’a joué grand seigneur en sortant le coupé sport! Arrivée sur les lieux, le temps de vérifier que tout est bien positionné dans la salle, les bouteilles d’eau, la distance réglementaire, le taux d’humidité, la chaleur ambiante, les portes qui grincent ou pas, la hauteur de la chaise, etc. Ensuite, retour au bureau en attendant l’heure prévue. Dernière discussions avec les collègues qui sont des amis, dernière modification du discours et vérification que j’ai tout le matériel. Parfait.

Installé dans la salle, le public est venu en nombre. Je vois notamment des têtes qui ont roulé toute la nuit (et ça se voit un peu à leurs traits tirés), la famille, les amis, les collègues, des professionnels du sujet qui ont également voyagé au petit matin ou la veille et aussi des personnes que je ne connais pas, venues pour l’intérêt du sujet ou du jury. Bref, le jury se fait attendre… Je tourne un peu en rond, tape la discute à droite, à gauche… je regarde Portalis qui me fixe et va me fixer durant toute la soutenance… Tout le monde s’impatiente… Et là, je me rends compte que j’ai oublié de prendre des feuilles pour prendre des notes (mais j’avais bien checké avant, hein 🙂 ); donc j’envoie un ami m’en chercher… Il revient quasiment avec une ramette entière… J’étais prêt, la soutenance pouvait durer toute la journée, j’ai de quoi noter!!

Le jury est entré dans la salle avec un bon gros quart-d’heure de retard (le quart-d’heure aixois), plutôt souriant dans leurs robes noir et rouge. Tout le monde se lève. On découvrir le visage de ceux qu’on a lu et relu pendant des mois et des années, on s’en étonne, on s’en émeut et on se dit que eux aussi découvrent ma tronche… Donc je me force à sourire. Oui, le sourire du mec content d’arriver devant le bucher. Etonnement, je me suis senti bien en me disant « enfin, c’est mon heure! ». On découvre également qui est Président du jury, même si c’est un secret de polichinelle.

Le Président prend la parole, tout le monde s’assoit. Quelques mots d’introduction, de politesse, de remerciement et de présentation du candidat, puis la parole est à moi. Les premiers mots doivent être fermes, assez forts et dynamiques. Je me suis focalisé là-dessus, puis j’ai commencé mon discours. Finalement, j’ai changé beaucoup de phrases, je ne voulais absolument pas lire le discours, garder l’esprit de la spontanéité et du ressenti. L’ensemble du jury m’a écouté. Personne n’a lu ses notes ou fait autre chose (comme je l’ai vu à de nombreuses reprises). Ce fut la première satisfaction.

La parole est ensuite donnée au premier rapporteur. Surprise, c’est le plus jeune (la coutume voulait que ce soit le plus expérimenté qui prenne la parole en premier). C’est celui que j’ai le plus lu et le plus cité; mais surtout le plus critiqué et très fermement. Hormis toutes les formules de politesses exigées dans ce genre d’exercice, il effectue de beaux éloges du travail; de son originalité (blablabla – je ne vais pas vous raconter comment mon travail est bien, c’est pas l’objet de ce blog), puis il commence à dire quelque chose du genre: « je ne vais pas vous poser des questions sur votre sujet car j’ai compris que vous étiez meilleur, mais plutôt sur des points ultra-techniques du droit spécial machin, bidule…)…. Heu… ok? Et là, je me rends compte que lors des premières notes, j’avais la main qui tremblait et que je n’arrivais pas à me relire (après les premières lignes, tout est rentré dans l’ordre). Et là, deux questions assassines… Je ne comprends pas où il veut en venir et ce qu’il veut dire… Je suis obligé de faire des pirouettes et de lancer l’enfumage… On commence à répondre et on dévie rapidement vers autre chose… ça semble marcher… mais non! Il reprend la parole et insiste… Je recommence l’enfumage vers autre chose… il repose encore une fois la question… Seule solution: répondre avec une blague… Oui, c’est osé, mais je me sentais bien et en confiance… La blague est lancée, ça rit dans la salle, le jury rit également; c’est gagné!! Il abandonne.

Le deuxième rapporteur a un style beaucoup moins académique, il fait le show!! La salle rigole, est détendue, le jury aussi! Il assure! Je me sens vraiment à l’aise et confiant. Il s’attarde longuement sur la conclusion et me pose des questions relatives à ce qui y est avancé et proposé et puis sur des questions plus générales que la thèse. Le débat n’est plus nécessairement technique mais idéologique. Et j’arrive à l’amener dans ma pensée, à la convaincre, revenir sur le technique pour pas me faire piéger… Le show repart, c’est un grand moment qui sort de la soutenance classique… Je me sens vraiment bien.

Arrive le tour de l’examinateur, celui qui a fait un rapport alors qu’il ne devait pas. Il parle beaucoup, et, comme les autres, est élogieux, et s’attarde aussi sur sa spécialité. Beaucoup de questions, de très nombreuses remarques, et des prises de position totalement contraires à mon point de vue (pas globale, mais sur des détails). On en discute, on argumente chacun notre tour, personne ne convainc l’autre (j’ai cependant l’intime conviction de l’avoir un peu convaincu, mais son rôle lui interdisait de l’avouer 🙂 ). Cet échange dure vraiment longtemps, très longtemps d’après ce que j’ai appris par la suite, mais j’étais bien, très bien, pas fatigué du tout, toujours plus dynamique et pertinent. J’étais là, c’était mon moment, tout le monde sera épuisé avant moi, je partirai le dernier!

C’est au tour du Président de prendre la parole en tant qu’examinateur, un peu plus court… Mais le respect que j’ai pour cet homme, ce chercheur, ce penseur et ce professionnel font que j’écoute attentivement le moindre mot… Je suis emporté, transporté. Tellement que je ne me rends même pas compte qu’il me pose une question et il fini par dire « qu’est-ce que vous en pensez? ». Ah bah, j’en pense pas moins!! Il a fallu reprendre cette bonne vieille technique d’enfumage. ça passe très bien et je me rends compte que la question, a posteriori, était posée pour démonter une critique qui avait été formulée auparavant.

Reste les mots du directeur de thèse. Il n’a pas le droit de s’exprimer sur le fond du travail, son discours concerne la personnalité du candidat, son parcours, etc. Très émouvant… Je garde pour moi, pas la peine de vous détailler le contenu, mais ce fût très émouvant, en revenant sur les trois années et demies, pas nécessairement simples, comme en témoigne les billets de ce blog.

Le Président laisse la parole au candidat pour le mot de la fin (toujours à préparer): pas la peine de rajouter grand chose, sauf un sourire, une bonne humeur… Tout le monde se retire pour le délibéré…

Et le délibéré c’est long!! Tout le monde avait super chaud, j’étais en eau dans mon costume noir… Juste le temps de boire un peu, tout le monde te parle dans tout les sens… En fait, j’étais là, mais encore sur le ring… un sorte de boxer sonné… j’avais l’impression d’avoir fait une bonne prestation, mais j’étais frustré que ce n’ait pas duré plus longtemps… J’apprends quand même avoir débattu pendant environ 3h15, ce qui est pas mal finalement… Il est déjà l’heure de retourner dans la salle pour les résultats.

Tout le monde est debout, le silence tombe… Je suis seul avec le public derrière moi, le jury faisant corps devant. Le Président prend la parole. Il cite mon nom. Et commence en disant que le jury m’élève au grade de Docteur… puis… avec la mention très honorable… et les félicitations du jury!! Sont ajoutés aussi la présentation à un prix de thèse et la publication de l’ouvrage. La totale. Le bonheur. Ce pourquoi j’étais venu. J’ai réussi, j’ai gagné, je l’ai fait!! Tout le monde applaudit, je ferme les yeux quelques courtes secondes et profite de l’instant. J’y suis!!!

Je l'ai fait!

Il ne reste plus qu’à serrer les paluches de mes nouveaux pairs (et oui 🙂 ), de les remercier, de faire les photos… et d’inviter tout le monde à un buffet (ce que tout le monde attend, finalement, c’est comme dans les colloques, comme je l’ai dit ici sur les buffets).

C’était un moment merveilleux que j’ai très bien vécu, contrairement à d’autres… J’ai mené ma barque exactement là où je le souhaitais et c’est fait, c’est réglé. Pour tout ce qui est de la fête… elle a duré du début d’après-midi jusqu’au milieu de la nuit… puis la semaine suivante… puis un bonne partie de l’été :).

Je remercie donc ce qui m’ont accompagné pour préparer cette soutenance et l’ont rendu plus facile: mes parents, Florian, Philippe, Benjamin, Jean-Philippe, Jean et Ann-Maël.

Bref, la thèse a été faite en 3 ans et demi, avec les plus hautes distinctions, par THE jury et a été publiée récemment (je vous parlerai de ça ensuite): ma thèse publiée.

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Les rapports de pré-soutenance de thèse

Une fois déposée, on est libéré des derniers jours; dernières heures de rédaction et des dernières secondes interminables à ficeler ce ù^°$: d’index… Bref, une période de liberté et hop, on retombe dans l’attente des rapports de soutenances.

Ceux-ci doivent être envoyés par les rapporteurs trois semaines avant la date de soutenance. En fait, je n’ai pas énormément à vous dire sur le sujet… Une fois que la thèse a été déposée, c’est gros craquage avec des apéros tous les soirs à la sortie du boulot et des nuits très courtes.

Je me souviens quand même quand j’ai reçu le premier rapport, cela m’a de suite remis dans le bain. Le rapport faisait 2 pages, dont une grande partie reprend les éléments de la thèse (c’est le formalisme de l’exercice qui impose cela), une partie complimentant le travail et la réflexion, puis cette partie de critiques qui commence à te faire cogiter et te tiendra en haleine jusqu’à la soutenance. Le second rapport était vraiment vraiment déroutant:15 lignes et une seule critique de forme. Juste de quoi rester dans le flou complet!!

Bref, les rapports de pré-soutenance n’ont pas été révélateurs, pour moi, de ce qu’allait être la soutenance.

La surprise est venue du 5ème membre du jury qui a également fait un rapporteur de pré-soutenance, par erreur. Et, finalement, c’était le plus détaillé et le plus concret (le plus long également, mais comme on le dit bien souvent, ce n’est pas la longueur qui compte…).

Quoi qu’il en soit, ces rapports ont suscité plus d’interrogations que de réponse sur la réception de mon travail. Finalement, ils n’ont pas changé grand chose dans la préparation de la soutenance et du texte de présentation du travail…

 

La sélection du jury de thèse

Quelques petites lignes à propos de la sélection du jury de thèse, de son aspect stratégique, etc.
Pour information, cette période est concomitante avec la fin de la rédaction de la thèse, à savoir pour moi entre février 2012 et avril 2012.

Bref, comme vous le savez, le choix du jury de thèse, c’est un peu choisir qui va vous passer la lame dans le coup, qui va vous pousser du haut de la falaise et qui va ensuite sortir le matelas pour vous réceptionner, panser vos plaies et vous accompagner sur la balcon, face à la foule, pour vous faire acclamer, nouvellement couronné et adoubé!

D’un point de vue strictement réglementaire, le jury doit être composé au minimum d’au moins autant de personnes extérieure à sa faculté que de « locaux » (par exemple, 2 extérieurs et 2 locaux suffisent). Le directeur de thèse y participe obligatoirement, mais il n’a pas le droit d’évaluer le travail.

C'est un peu un "Qui est-ce?"; la sélection se fait par élimination

Trois stratégies existent:

  • La « Bisounours »: il s’agit d’un jury de complaisance, composé au maximum de 4 personnes; généralement on choisi les copains du directeur de thèse qui sont dans une autre université. Bref, le jury pour passer un moment tranquille (bien qu’il faille quand même mettre les formes) mais dont personne n’est dupe;
  • La « David Copperfield »: il s’agit ici de faire illusion soit par un jury de 6 personnes, dont les noms évoquent quelque chose, mais on ne sait pas exactement ce qu’ils font. Autrement dit, choisir les spécialistes des colloques et buffets (cf. un article à ce propos: colloques et buffets) sans pour autant prendre trop de risques scientifiques;
  • La « Hara-Kiri »: il s’agit de prendre les plus grands pontes de la matière, ceux qui font mal, ceux qui font référence. Ces Attila de la thèse ont déjà détruit des carrières, plus rien ne repousse après cela, mais peuvent également être une garantie de qualité et lancer des carrières.

Pour ma part, j’ai choisi la version « Hara-Kiri » en proposant la liste à mon directeur de thèse qui a validé la composition (oui, il faut faire attention aux inimitiés entre certains). 5 personnes étaient présentes: 2 locaux et 3 extérieurs. Tous masculins, tous reconnus, tous expérimentés et tous avec des idées bien définies.

Pour information, la sélection initiale est rarement la composition finale du jury car il faut composer avec les disponibilités de chacun. Il est donc nécessaire de prévoir des « remplaçants ».

Pour ma part, la stratégie a été de choisir une date après tous les examens, en période estivale; une sorte d’avant-goût de vacances. La soutenance ayant eu lieu à Aix-en-Provence, le 23 juin, tout le monde était ravi de venir y passer un week-end. Un bon point pour commencer sur le bon pied la soutenance!

A cet égard, la « mise en condition » du jury par le directeur est très importante aussi; depuis la première sollicitation, au café précédant la joute, en passant par l’organisation du voyage, la prise en charge des frais, taxis, etc. Pour cela, j’ai vraiment été gâté!

Bref, je me suis donc préparé à être confronté à un jury « Hara-Kiri » composé de 4 Attila et de mon directeur de thèse. Il a bien évidemment fallu rajouter des références bibliographiques et des citations en plein texte… (fayoter?? non!! rendre hommage, oui !! 😉 ). D’ailleurs, les citations ne sont pas toujours pour passer la brosse à reluire; je ne me suis pas gêné pour envoyer quelques taquets aussi.

En conclusion, la sélection du jury est déterminante pour l’objectif d’après-thèse, de CNU, de publication, de prix, etc. Cela prend du temps et une discussion avec le directeur qui vous guidera vers les bonnes personnes aussi, en fonction de l’impression et du feeling qu’il a des professeurs et de votre travail.

Bon courage! C’est une période très excitante d’ailleurs!

Le Journal d’un Thésard sur France Culture

Un petit billet rapide pour vous signaler que j’ai l’honneur d’être invité dans l’émission radiophonique de Martin Quenehen intitulée GRANTANFI sur France Culture.

Nous y parlerons de thèse, de doctorat et de toutes ces petites choses qui font de la vie d’un thésard un mythe, une one d’ombre et surtout un moment exceptionnel.

La diffusion a eu lieu Mercredi 21 novembre, de 15h à 16h, sur France Culture.

L’émission est diffusée en direct par ici http://www.franceculture.fr/emission-grantanfi-doctorants-l-avenir-dure-longtemps-2012-11-21
PS: c’est en direct, donc soyez indulgent si je bafouille 🙂

Et le PodCast de l’émission

http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=4531471

Je me suis fait attendre…

… Voilà plus de 6 mois que j’ai posté mon dernier billet sur ce site pour dire que j’avais déposé ma thèse auprès du jury. Merci tout d’abord pour tous vos messages, commentaires, etc. qui m’ont fait très plaisir.

Quoi qu’il en soit, vous êtes nombreux à m’avoir demandé les résultats de la soutenance, mais aussi l’attente des rapports, la post-thèses, l’euphorie, la déprime et ce qu’il se passe après, quand on rentre dans le cercle des docteurs.

Allez, voici donc autant de sujets que je m’apprête à partager avec vous, certes un peu en retard, mais avec toujours autant de plaisir.